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Sujet : La séance du père Sheppard

Une fois n’est pas coutume, Maître Koller, dans sa grande véhémence, m’a proposé d’ouvrir un topic dans lequel je descendrais quelques minutes mon pied d’Estale et le reste d’ailleurs, afin de venir vous parler et peut-être vous faire découvrir quelques perles du cinéma d’avant 1975.

Bien évidemment, n’étant pas homme à vous prendre pour des caves, je ne vous parlerais pas des classiques que j’espère tout le monde a vu, sinon, prenez la porte et revenez quand cela sera fait.

Je vous parlerais plutôt de ces films par tellement connus mais qui sont tout de même foutrement bien foutus et qui, même avec plusieurs années au compteur, gardent un incroyable dynamisme et une efficacité que beaucoup de réalisateurs d’aujourd’hui devraient rechercher plutôt que de se palucher sans vergogne sur les dernières méthodes de compositing.

Ici, on donne dans le sobre et l’efficace. Vous n’entendrez pas parler d’effets spéciaux, de blockbuster ou de CGI, mais plutôt de noir et blanc, d’ambiance, de suspense...

J’ouvre donc le bal avec :

http://img508.imageshack.us/img508/9237/oddmanpost7zg.jpg

Un film anglais de Carol Reed, 1947 avec James Mason.

Le pitch : Le chef d’une branche de l’IRA (Mason) est blessé après une tentative de cambriolage. Une course poursuite nocturne s’engage.

Reed est un cinéaste de la ville, c’est même un cinéaste de la ville nocturne, la ville nocturne et vide, celle où les pas de courses raisonnent au fond des allées, pour soudainement s’arrêter et ne laisser que le silence et le brouillard.
Dans Odd Man Out, Reed nous livre une véritable leçon de cinéma. Une situation, un décor, une ambiance, un homme et tout arrive. De bien des manières ce film préfigure la sublimissime poursuite finale du 3ème homme qu’il réalisera 2 ans plus tard. Tout y est, de la lumière blafarde au désespoir de la bête traquée.
D’ailleurs le personnage magnifiquement campé par James Mason dans Odd Man Out n’est pas sans rappeler celui tout aussi magnifiquement campé par Orson Welles dans Le 3ème Homme. Tout deux ont ce mélange subtil de cruauté et d’idéalisme.

Mais Odd Man Out n’est pas seulement brillant pour sa réalisation, il l’est aussi car de tous les films traitant de la résistance Irlandaise, Odd Man Out est sans doute le meilleur, ou c’est en tout cas celui que je préfère. Il profite de la discrétion et de l’intelligence de son réalisateur. La discrétion et l’intelligence de ne pas prendre parti. La discrétion et l’intelligence de ne raconter que l’histoire sans juger ses personnages, sans tenter de sensibiliser le spectateur à la cause.
Là où John Ford dans The Informer, et d’autres par la suite prennent un peu trop fait et cause pour la résistance Irlandaise, Reed lui choisit de n’exposer que des gens qui se battent, peu importe les idéaux. Ce sont des gens qui s’entretuent et qui tuent ceux qui ont le malheur d’être sur leur chemin.

Certes, cette discrétion qui pousse Reed à ne jamais parler nommément de l’IRA, ni même de Belfast est sans doute aussi muée par sa nationalité. Il faut bien avouer que traiter des problèmes de l’Irlande en 1947 quand on est un fidèle sujet de sa majesté la Reine d’Angleterre doit forcer à une certaine discrétion.

Mais au final, Carol Reed ne fait pas un film sur le conflit de l’Irlande du nord, il film une guerre secrète et raconte l’histoire des victimes qu’elle fauche sur son passage. Et c’est sans doute en choisissant de ne pas prendre parti que Reed réalise Le film sur le conflit Irlandais.
« All wars are crime », dit le général Alan Adamle dans The West Wing (Saison 3, épisode 6). Carol Reed n’aurait sans doute pas démenti le général, tout imaginaire fut-il.

La semaine prochaine : The Big Clock, 1948, de John Farrow avec Ray Milland, Charles Laughton et Maureen O’Sullivan.

Ce post a été écrit sous l’influence salvatrice de la bande originale du film The Wolfman, composée par Danny Elfman, en pleine forme.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Je viens de le voir et c'est effectivement du tout bon!

Je dois avouer que le coté résistance irlandaise me faisait un peu flipper au début mais il n'en est rien, ça pourrait aussi bien se dérouler  ailleurs et a un autre moment ... c'est assez universel comme situation.

C'est vraiment malin d'utiliser ce contexte d'homme blesse en cavale qui passe dans la vie de gens qui n'avaient rien demande... de voir les différentes réactions face a cette situation.

A mi film, je me demandais ce qu'ils allaient encore pouvoir faire, je craignais que ca tourne en rond mais en fait la seconde moitie est peut être encore mieux (Le gars aux oiseaux et le peintre, ah ah ah) ...

Petite réserve sur la toute toute fin un peu en dessous mais c'est un chouette film!

Vivement la prochaine séance, merci père Sheppard wink

Well, you better learn your lesson before to start to teach ... G.Eluerd
Ondulé Par-ci par-là luné Pas les idées bien installées It is a shame I never feel the same

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Re : La séance du père Sheppard

Cool. Je suis ravi que tu aies aimé.  wink

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Ptain Sheppard ça donne bien envie ton histoire.

Je vais essayer de mettre la main dessus et mater ça ce week-end. En plus je connais mal ce réalisateur dont je n'ai vu que le Troisième Homme quand j'étais encore à la fac et à fond dans ma phase Orson Welles. Merci !

Lisible sur Twitter ! et audible dans SplitScreen

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Re : La séance du père Sheppard

Hop on est mercredi, c'est l'heure de La séance du père Sheppard.
Cette semaine donc :

http://img695.imageshack.us/img695/6328/bigclocktitlestill.jpg

De John Farrow, 1948, avec Ray Milland, Charles Laughton.

Le pitch : Le rédacteur en chef d’un magazine à sensation découvre que son patron a commis un meurtre et qu’il tente de lui faire porter le chapeau.

John Farrow fait parti de cette longue et honorable tradition, aujourd’hui hélas presque disparue, de ce que l’on appelle les movie makers. Un movie maker est un réalisateur capable de passer d’un genre à un autre avec presque autant d’aisance que vous changez de slip.
Dans un Hollywood toujours en effervescence, c’est une denrée précieuse que d’avoir un movie maker. Ça vous permet de boucler des films et d’envoyer votre réalisateur principal fissa sur une autre production, mais ça permet aussi de réaliser toutes sortes de films de genre sans avoir à embaucher ou à débaucher un autre réalisateur plus spécialisé dans le genre en question.
Un movie maker est un technicien avant tout. Il n’a pas de style particulier et c’est sans doute la raison pour laquelle il peut facilement s’adapter à n’importe quel type de production, pour le pire parfois, mais aussi et surtout pour le meilleur.

Car c’est bien au meilleur que nous avons à faire dans The Big Clock. Un huit clos haletant, foutrement bien écris et d’un dynamisme qui pourrait faire penser à certaines comédies américaines (His Girl Friday) si le sujet avait été moins sérieux. C’est peut-être là le coup de génie de Farrow qui en grand spécialiste de la comédie, conçoit et rythme son film de la même manière. Les répliques fusent, les scènes s’enchaînent sans perdre de temps, on se concentre sur le principal. Tout comme le spectateur assiste amusé au vaudeville qui se construit devant lui, il assiste dans The Big Clock au spectacle d’un homme qui, petit à petit, est pris au piège.

The Big Clock est aussi l’histoire d‘un combat entre deux adversaires qui se connaissent mais qui restent invisibles pour les autres. C’est un film sur la manipulation, le mensonge et la trahison. On manipule les autres, on leur ment et on les trahit. Les autres, se sont les seconds rôles. Outres les interprétations impeccables de Ray Milland (Le crime était presque parfait), tout d’abord froid et calculateur puis affolé comme une bête blessée ; celle de Charles Laughton (Spartacus) qui interprète toujours ses personnages en forçant subtilement le détail ; il faut aussi saluer celle de George Macready (Tora, Tora, Tora) dans le rôle de l’employé entièrement dévoué à son patron, ainsi que l’incroyable efficacité avec laquelle est jouée la salle de rédaction, véritable force motrice de ce film.

En matière de cinéma, seule compte la technique du récit. Peu importe le talent des uns et des autres si ce talent n’est pas mis au service exclusif du récit et parfois même un technicien moyen, un movie maker, peut réussir un véritable tour de force et réaliser un authentique classique. The Big Clock en est la preuve flagrante.

La semaine prochaine : Deadly Is the Female (a.k.a. Gun Crazy), de Jospeh H. Lewis, 1950, avec Peggy Cummins et John Dall.

Ce post a été écrit avec l’aimable et toujours très agréable participation de Ryuichi Sakamoto et son fantastique album Discord.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Arf, je venais réclamer un nouveau Pere Sheppard mais je n'avais pas vu celui-ci  roll
Le pitch a l'air top, je vais surement me regarder ça demain soir ... vous aurez de mes nouvelles Père Sheppard!

Je conseille a tous de se tenter un Père Sheppard, le premier était vraiment bien et ne faisait pas son age!

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Re : La séance du père Sheppard

Je laisse encore un peu de temps avant d'attaquer Gun Crazy.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Salut les aminches, je sais, il s’est passé plus d’une semaine et je ne tiens pas mes délais. Mais comme disais mon oncle sur sa Harley, vieux motard que jamais et vous mettrez celle-là sur l’ardoise de Plissken, au point où il en est, il n’y verra que du feu.

Ce soir, donc, je vous parlerais de :

http://img715.imageshack.us/img715/6955/guncrazytitlestill.jpg


1950, de Joseph H. Lewis, starring Peggy Cummins, John Dall.

Le pitch : Un type tombe amoureux d’une tireuse d’élite sur un champ de foire. Leur chemin sera semé de cambriolages et de cadavres.

Ce qu’il y a de merveilleux avec les séries B, c’est qu’elles peuvent tout se permettre. Elles sont là pour ça. Transgresser les interdits, choquer la morale et faire un pied de nez à l’autorité au passage. Et plus la morale est présente, plus les films de série B en rajoutent.
En ce qui concerne l’année 1950, Gun Crazy transgresse presque tous les interdits. Le fait d’engager un scénariste blacklisté par la commission McCarthy est déjà un sacré pied de nez en soi (Le scénario est signé Millard Kaufman qui représentait en fait Donald Trumbo, l’un des Hollywood Ten qui comparu devant la commission McCarthy en 47).
Le faire en fabriquant une œuvre sur la relation entre le pouvoir sexuel et le pouvoir de l’arme, dans l’Amérique puritaine d’Harry Truman, c’est aimé le risque.
Le faire tout en dénonçant du même coup la relation pervers entre les américains et les armes, c’est de la folie furieuse.
Gun Crazy fait tout cela et plus encore.

Comparé à Bonnie & Clyde, certaines critiques trouvent le début de Gun Crazy un peu mou. Outre le fait que la comparaison est totalement idiote sachant que 17 ans séparent les 2 films, et que le contexte n’a strictement rien à voir, je trouve pour ma part que l’introduction, certes un peu lente, a le mérite d’enfoncer le clou du côté de la provoque.
En effet, on nous présente d’un côté une nana dont les seuls talents sont d’être bien foutue et celui de bien tirer, qui se démerde comme elle peut pour vivre dans un monde de mecs qui en veulent tous à son cul, cela va de soi ; et de l’autre, un type ni plus bête, ni plus intelligent que n’importe qui, un monsieur USA ordinaire qui tombe amoureux. Entre les deux, c’est le coup de foudre, ou plutôt une pulsion sexuelle représentée par leur fascination pour le flingue, sur fond de fanion aux couleurs de l’Amérique (même si le film est en noir et blanc) et de décors western. Mou dites-vous ?
Dois-je rajouter que lors du tournage Joseph H. Lewis donna à John Dall les instructions suivantes « Ta queue n’a jamais été aussi dure » et à Peggy Cummins « Tu es une chienne en chaleur et tu le veux ». Mou dites-vous ? On est en 1950, le rock’n’roll n’existe même pas encore !

Si Gun Crazy n’était qu’un Bonnie & Clyde ou même un Tueurs Nés avant l’heure, ce film serait déjà sacrément osé et mériterait amplement son statue de film culte. Mais là où Gun Crazy passe du côté du chef d’œuvre c’est dans la mise en scène du 1er cambriolage. Entièrement filmée de la banquette arrière d’une voiture (celle des amants criminels) en un long plan séquence particulièrement époustouflant. Pour ajouter au réalisme de la scène, Joseph H. Lewis demande aux 2 acteurs d’improviser leurs dialogues. Tous ces artifices permettent à Lewis le tour de force de transformer le spectateur en complice. Il veut nous faire ressentir l’adrénaline et il y arrive.

Certains films sont fait pour une scène, il est évident que Lewis a fait ce film dans le seul but de pouvoir tourner cette scène et de mettre l’Amérique face à son pire cauchemar, comme Truman Capote le fera 16 années plus tard de manière définitive avec De sang froid.

Next time : The Miracle Worker, Arthur Penn, 1962, starring Anne Bancroft et Patty Duke.

Ce post a été écrit avec l'aimable collaboration de James Horner, a.k.a tu vois quand tu veux, et la B.O. de Spiderwick Chronicles.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Encore un film plein de promesses !

... j'en ai un de retard donc je vais regarder The big clock  (des ce soir j'espère) ... bon je vous laisse j'ai du Shepp sur la planche wink

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Re : La séance du père Sheppard

Vu "The big clock" ... très bon aussi!

La mécanique est aussi bien huilée que le corps de Plissken lorsqu'il se rend chaque jeudi entre 21h00 et 22h30 dans son salon de massage préféré du Marais qui sent bon le musc.

Mention a Charles Laughton qui campe super bien son rôle. Un film que je vous recommande, très facile a regarder et fort bien décris par le Père Sheppard.

Prochaine arrêt : Gun crazy!

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Re : La séance du père Sheppard

Sheppard je viens de découvrir ce topic. je te vénère. longue vie à toi et ta culture cinématographique, je regarderais ces films quand j'aurais fini de combler mes lacunes actuel en la matière.

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Re : La séance du père Sheppard

Je viens de me procurer gun crazy en version originale sous titrée, jvais mater ça ce week end et je reviendrais ici pour dire ce que jen ai penser, mais jai hate !!

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Re : La séance du père Sheppard

Merci merci les gars. Et surtout n'hésitez pas à venir partager vos avis, ce topic est aussi fait pour ça, bon sang ! tongue

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Re : La séance du père Sheppard

Je viens de regarder Gun Crazy et pourtant, surement du à mon jeune age, je suis pas un fana des vieux films en n&b. Pourtant quelle force ce road movie! La mise en scène est juste énorme, surtout la scène du premier cambriolage dont tu parlais, pour un film des 50's, ça pulse !!! Et le jeu entre les 2acteurs est formidable! Bref à voir !!

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Re : La séance du père Sheppard

Suite à mon cinéquizz, je me suis rendu compte avec stupéfaction que peu d’entre vous connaissait :

http://img205.imageshack.us/img205/8079/miracleworker.jpg

1962, Arthur Penn, starring Anne Bancroft, Patty Duke.

Le pitch : Les parents d'une fillette aveugle, sourde et muette, font appel à une institutrice spécialisée, elle-même à demi-aveugle.

Dans la longue lignée des chefs d’œuvres du 7ème art, il y a des films qui brillent par leurs qualités narratives et techniques, leur incroyable efficacité, leur capacité à vous faire vivre une expérience inoubliable, et puis il y a les films importants.
Ce n’est pas que ces films soient de meilleures chefs d’œuvres, mais ils portent en eux un message, quelque chose de presque indéfinissable qui vous fait dire que ce que vous venez de voir là est important. Ce sont des films qui font naître des vocations, ce sont des films qui vous bouleversent au point de reconsidérer votre environnement, plus que des films « qui font réfléchir », ce sont des films qui vous changent. The Miracle Worker, en plus d’être un sacré bon dieu de chef d’œuvre, est un film important.     .

La pièce The Miracle Worker est un succès du théâtre américain. Arthur Penn l’a d’ailleurs dirigé de 59 à 61 au Playhouse Theatre de Broadway, il était donc logique qu’il en fasse un jour ou l’autre l’adaptation cinématographique.

Même si Penn est un indéniablement un formidable directeur d’acteur, c’est surtout pour assouvir une idée cinématographique qu’il décide de réaliser The Miracle Worker. Il n’y a qu’à voir les scènes de rêves et de souvenirs d’Annie Sullivan (Anne Brancroft) pour s’en convaincre. Ces scènes sont autant de tableaux quasi religieux, toutes en plan fixes, toutes volontairement floues, toutes travaillées dans un souci du détail tel, que seul un réalisateur avec une idée cinématographique précise peut les mener à bien. C’est d’autant plus impressionnant que Penn n’en est qu’à son 2ème film et qu’il montre, outres une admiration pour Elia Kazan et Richard Brooks, une volonté farouche d’en découdre avec les poncifs du cinéma hollywoodien.

Du côté de l’interprétation, on ne peut être que soufflé par les performances d’Anne Bancroft et de Patty Duke qui joue la petite avec une exactitude, une ténacité et une force d’autant plus ahurissante qu’elle n’est ni aveugle, ni sourde, ni muette. Aidée par un texte d’une efficacité redoutable, chacune des scènes est un monument de jeu, l’acting américain dans ce qu’il a de plus percutant et d’admirable.

Et puis il y a la magie. La magie qui s’opère par les nombreuses personnes énumérées ci-dessus et toutes celles qui ont travaillées sur ce film. Une magie indescriptible qui rend ce film important. The Miracle Worker est d’une incroyable intelligence, car outres le fait d’analyser une par une les raisons d’un échec, il le fait sans juger, sans donner de leçons, sans morale. Il n’y a pas de « méchant » dans ce film, juste des gens impuissants, des gens normaux, épuisés de ne pas savoir. The Miracle Worker se contente de montrer une sortie, un espoir sans plus. Ne nous méprenons pas, nous avons à faire au meilleur film jamais fait sur le handicape, et aussi probablement sur l’éducation.

The Miracle Worker est un film que chaque parent devrait voir, que chaque éducateur devrait vénérer, car il rappelle que l’éducation est affaire de patience, que l’amour d’une mère ou la sévérité d’un père sont souvent sources de pitié et de fuite, mais surtout, The Miracle Worker rappelle qu’un monde de silence et de ténèbres ne saurait être un monde d’ignorance.

Next : Mystery Street, 1950, John Sturges, starring Ricardo Montalban.

Ce post a été écrit en collaboration avec la bande originale du pas si mauvais The Happening, composée par l’excellent James Newton Howard.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Bonsoir, bonsoir, c’est papa Sheppard qui vous parle, avec ce soir,

http://img115.imageshack.us/img115/2631/mysterystreet000im0.jpg

1950, John Sturges, starring Ricardo Montalban.


Le pitch : Un squelette de femme est retrouvé sur une plage du Massachusetts. L’inspecteur chargé de l’enquête se fait aider par un professeur de médecine légale de Harvard.

Tout comme John Farrow (The Big Clock, SdPS N°2), John Sturges est un movie maker. Un débutant qui enchaîne film sur film puisqu’en l’espace de 5 ans il en a déjà réalisé 10. Sa carrière sera néanmoins nettement plus brillante que celle de Farrow, car on doit à John Sturges des classiques comme Gunfight At OK Corral, The Magnificent Seven ou bien encore Ice Station Zebra.
Mystery Street est donc son 11ème film, mais c’est la première fois qu’il va travailler avec un scénariste prestigieux. Une légende même puisqu’il s’agit du scénariste de Key Largo, et que ce même homme s’apprête à changer la face du cinéma avec des films tels que Deadline USA, Crisis, Cat On A Hot Tin Roof, et surtout In Cold Blood, j’ai nommé monsieur Richard Brooks. Un tandem de qualité pour un film non seulement novateur mais qui fit date.

Car ce qui frappe le plus dans ce film, c’est son étrange similitude avec une série particulièrement célèbre. Vous l'aurez deviné rien qu'en lisant le pitch, il s'agit bien sûr de CSI. Mystery Street aurait pu s'appeler CSI Noir ou comment la médecine médico-légale fit son entrée à Hollywood. De la reconstruction du squelette et du visage de la victime, aux analyses ADN, tout y est ou presque.
Mais, outres le sujet, c’est surtout le ton avec lequel il est traité qui confère à ce film une étonnante modernité. Car, tout comme dans les séries policières actuelles et pas seulement CSI, l’importance est donnée aux personnages plus qu’au mystère. En premier lieu le Lt Peter Moralas (Montalban), un inspecteur confronté à ses origines et voulant prouver qu’il est un tout aussi bon flic que n’importe quel irlandais, le Dr. McAdoo (Bruce Bennett) essayant tant bien que mal d’imposer ses preuves scientifiques à un inspecteur légèrement bourru. Et puis, comme dans tout bon polar, il y a les autres, les seconds rôles, avec en première ligne Elsa Lanchester (The Bride of Frankenstein), fabuleuse de lâcheté et de bêtise.

Mystery Street est une rareté, l’un de ces films presqu’oublié mais qui ne manque jamais de surprendre tant par leur sujet que par leur modernité, une fois redécouvert.

Next: Advise and Consent, d’Otto Preminger, avec Henry Fonda.

Monsieur Zimmer et sa sacrée bon dieu d’Inception ont participé à ce post.

D’ailleurs je vous laisse sur une phrase de Christopher Nolan tirée du booklet :
« It occurs to me just how often the composer with the most technically advanced studio in the world winds up playing me cues down the telephone ».

A méditer.  wink

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Je suis en retard sur mes pères Sheppard ... je vais remedier a ca ce week-end !

Sinon, "Advise ans Consent" je l'ai deja en DVD on peut pas changer ?  roll  hi hi hi

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Re : La séance du père Sheppard

au contraire, ça nous permettra d'en parler.
mais je ferais la suite (probablement "a face in the crowd", d'elia kazan) rapidement.

ça te laissera le temps de mater les autres.  wink

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Haaaa, une semaine de vacances et me revoilà avec une nouvelle séance. Celle-ci est un peu spéciale, car elle fut écrite en plusieurs fois, au soleil d’une île charentaise (en fait non, il a fait moche et du coup je me suis occupé comme je pouvais  lol ).

Voici sans plus attendre :

http://img413.imageshack.us/img413/9039/adviseandconsenttrailer.jpg

1962, d’Otto Preminger, avec Henry Fonda, Charles Laughton, Gene Tierney…

Le pitch : Le Secretary of State (N°2 du gouvernement) vient de mourir et le Président en désigne un nouveau. Selon la Constitution des USA, ce choix doit être ratifié par les deux chambres des représentants. Les parties produisent alors une liste de choix alternatifs (Advise) avant de consentir au choix du Président (Consent) qui en général n’a pas changé de position. Sauf que cette fois, la bataille va s’avérer nettement plus difficile et destructrice que prévue.

Le cinéma américain possède une grande tradition du film politique. Que cela soit au travers des films de Frank Capra (Mr. Smith Goes To Washington, The State Of The Union), ou de ceux de John Ford (The Last Hurrah), les réalisateurs américains ont toujours montré un vif intérêt vis-à-vis de la vie politique et des institutions de leur pays. Mais c'est surtout dans les années 60 que le film politique va connaître un véritable essor. Essor d'autant plus remarquable que l'on assiste à un changement de ton radical. L'exaltation de la démocratie américaine laisse place au doute et à la peur, on passe de l'idéalisme des films de Capra à l'implacable pessimisme de Seven Days In May ou de Fail Safe.

Advise & Consent constitue un film charnière entre les deux époques. Preminger abandonne le ton presque « bon enfant » d’antan, pour celui du réalisme. Il va même jusqu’à mettre les deux en opposition tellement il insiste sur le côté quasi théâtral des débats publics et celui nettement plus réaliste des « lobby ». Nous sommes dans l’univers du "real politics", où les véritables discussions se font à l’abri du public, où les prises de position sont souvent affaire de pression, où la vie d’un homme peut être réduite à néant en quelques secondes et dans lequel on voit poindre de petits groupuscules qui n’ont de « démocrate » que le nom et dont les méthodes s’apparentent plus aux méthodes fascistes d’avant-guerre.
Il y a donc une volonté chez Preminger de nous présenter la vie politique non pas telle qu’elle pourrait être, comme l’avait fait si admirablement Capra, mais bel et bien telle qu’elle est.

Un film politique aussi réaliste ne peut se faire en totale indépendance vis-à-vis de son contexte historique. Même si Preminger essaie, tant bien que mal, d’éviter toute intrusion historique et de rester le plus « généraliste » possible, il ne peut ignorer son époque. Nous sommes en 1962 et la nouvelle politique non-interventionniste de l’administration Kennedy vient secouer les habitudes de l’armée américaine et plonger les Républicains mais aussi certains Démocrates dans l’inquiétude la plus profonde.
Advise & Consent se fait l’écho de cette inquiétude. L’intelligence de Preminger est de ne pas la présenter comme une bataille de partie, à vrai dire les opposants sont quasiment absents du film, mais bien comme un débat idéologique qui oppose les membres d’une même famille politique. Bien sûr, le soutien de Preminger et d’Hollywood à la politique de Kennedy ne fait aucun doute, mais il est néanmoins intéressant de voir comment il parvient à nous faire comprendre les inquiétudes des opposants. Nous avons affaire à deux visions de l’Amérique, celle qui a libéré le monde du joug nazi et de la tyrannie face à celle qui refuse de devenir de surcroît la Police du monde.
Preminger légitime d’autant plus les inquiétudes de « l’opposant » qu’il n’hésite pas à transformer certains « supporters » en véritables petits fascistes, prêts à tout pour arriver à leur fin.

L’ingéniosité et la force d’Advise & Consent est de montrer la vie politique dans toute sa complexité, de montrer que les pires ne sont pas forcément dans le camp adverse, de montrer que chaque position politique vaut la peine d’être discutée et que si l’on oublie cette vérité fondamentale, ne serait-ce qu’un instant, la tyrannie n’est jamais très loin pour prendre le dessus. Mais Preminger reste confiant. Les vieux briscards de la politique restent des républicains dans l’âme et c’est au final l’institution démocratique qui triomphe.

Cette vision basculera définitivement du côté du pessimisme le 22 novembre 1963 où John F. Kennedy sera tué de plusieurs balles à Dallas. L’Amérique découvrira que l’ennemi vient de l’intérieur et Hollywood se fera le témoin féroce de cette découverte.
Il est à noter d’ailleurs que les films qui suivront ne mettront jamais en doute la thèse du complot d’état, que cela soit par Seven Days In May ou par The Manchurian Candidate (film prémonitoire, puisque sorti en 62). Suivront aussi des films au scénario catastrophe (Fail Safe, Dr. Lovestrange) où chaque fois les USA finiront par devenir la menace qui détruira le monde.

Ce pessimisme dans la fiction politique durera près de 40 ans. Il faudra attendre la fin de l’année 1999 et The West Wing pour enfin retrouver un signe de confiance de la part des créateurs dans les institutions américaines. Malgré tout, quelque chose s’est définitivement brisée au soir du 22 novembre 1963. Les USA n’ont jamais retrouvé la naïveté et l’idéalisme des films de Capra. Un jour, peut-être.

Next : A Face In The Crowd, d'Elia Kazan, 1957, avec Andy Griffith.

Tout commence et finit par un T.

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Re : La séance du père Sheppard

Yeah, the seance is back !
Bon, je me regarde le DVD d'Advise & Consent ce soir et je viens lire tout ca !

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Re : La séance du père Sheppard

Je ne comprends pas que cette rubrique ne fasse pas l'objet d'un podcast, ou d'un article sur le blog de NoWatch...  roll

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Re : La séance du père Sheppard

Ah oui, sheppard ... un podcast! Sheppard, un podcast !

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Re : La séance du père Sheppard

Ben te voila toi !!! mad
une semaine et tu dis rien ! c'est pas comme si on c'était inquiété ! du coup va pas falloir râler s'il manque des choses dans la boutique hein on a un peu débattu vois tu smile!!  big_smile
Et puis c'est vrais ça! Un petit podcast audio avec quelques incrustations comme la photo de l'affiche etc "La séance du père Sheppard" ça le ferait grave je dis ça ... je dis rien ...

bon je vais essayer de mettre la main sur ce film miam

J'essaie de ne pas vivre en contradiction avec les idées que je ne défends pas .[Pierre Desproges]
twitter ; Google+ instagram:_Popy

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Re : La séance du père Sheppard

Je propose meme en musique de fond, de generique, un artiste qui merite a decouverte Ici

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Re : La séance du père Sheppard

@Popy. Bah oui j'ai pris des vacances. Mais vu le temps de merde que j'ai eu, on ne m'y reprendra plus. En fait, les vacances c'est nul !  big_smile

@Tous. Merci mais je ne crois pas que le podcast soit pour tout de suite, par manque de temps et que je passe déjà 90% de mon temps libre à la musique (les 10% c'est pour vous, et le 1er qui dit que j'ai beaucoup de temps libre sort  tongue )

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