Sujet : La Radio IP, par Pierre Belanger, Extrait
Le cas du Disque
Pour le disque, la mission de disponibilité de la musique de son choix est confondue avec son mode de distribution physique! : le CD en matière plastique. Cette polycarbonatedépendance a été renforcée par l’irruption brutale de la distribution en réseau sans rétribution des auteurs.Le problème semble insoluble! : tout ce qui se duplique gratuitement devient gratuit, la musique est un fichier reproductible, indexé et distribué, sans frais! : la musique par conséquent devient gratuite et perd toute valeur marchande. Or, la musique, pour exister en tant qu’industrie, doit être rémunérée.
La solution se fonde sur une réinterprétation du passé! : la musique a toujours été gratuite parce que disponible gratuitement autrement que sur CD du commerce! : enregistrée à la radio, échangée entre amis, enregistrée sur cassette, gravée sur CD... Dès lors qu’un produit est disponible gratuitement, ce que l’on achète - quand on l’achète - n’est pas le produit lui-même, mais le service qui l’accompagne.
Si donc on achète un CD, ce n’est pas de la musique que l’on achète - parce qu’elle est gratuite par ailleurs -, ce n’est pas un objet - à moins d’être collectionneur - c’est un service!: celui des conditions de la disponibilité de la musique choisie.
C’est cette prestation de service qui rémunère la musique. C’est le service qui paye la musique. Le modèle économique de la musique a toujours été indirect et a impliqué l’intermédiation du service.
Cette réinterprétation montre que l’industrie du disque n’affronte pas une situation nouvelle sur le fond, à savoir la gratuité de la musique, mais sur la forme! : la gratuité en réseau informatique.
Il faut voir l’industrie du disque non pas comme une industrie de création de contenus, mais plutôt comme une industrie de services investie d’abord dans la distribution et en second lieu dans la production et la gestion des droits afférents. Le service consiste à rendre disponible la musique à la demande de chacun. Ce service était rendu jadis par la distribution de CD. C’est pourquoi ces entreprises étaient collectivement nommées maison de disques, rappelant leur principale valeur ajoutée à savoir la distribution - un service - plutôt que maison de musique - un produit -.
Qui rend le mieux ce service aujourd’hui!? Le service en ligne «!iTunes!» associé au terminal «!iPod!». L’intégration du logiciel et du matériel en une totalité élégante et intuitive, marque de fabrique d’Apple, est aujourd’hui le meilleur moyen d’organiser et de disposer de sa musique, voire de découvrir de nouvelles musiques à acheter dans un choix de dix millions de morceaux. Le public ne s’y est pas trompé et la majorité de la musique vendue en ligne l’est par ce service qui a dépassé récemment les six milliards de téléchargements.
Face à cette domination, les maisons de disques ont évolué en développant un portefeuille d’activités souvent prospères autour de la musique! : offres et produits musicaux pour téléphones mobiles, produits dérivés, organisation de spectacles, association à des plateformes musicales, expérimentation de financement de la musique par la publicité, agent et gestionnaire de droits, etc....
Mais fondamentalement les maisons de disques souffrent de ne pas être des maisons de disques durs et surtout d’avoir plus misé sur le code pénal pour se défendre plutôt que sur le code informatique pour mieux servir ses clients.
En effet, les difficultés actuelles de l’industrie du disque pour être le premier service de musique en réseau l’ont amené à concentrer ses efforts sur la gestion des droits musicaux et par conséquent à se placer sur le terrain juridique, législatif et judiciaire ce qui était bien entendu nécessaire, mais ce qui l’a parfois détourné de sa mission première!: le service.
La Radio IP - Une vision de la radio à l’âge de l’Internet / Pierre Bellanger - page 4 License CC
Petit ouvrage de 32 pages, avec un travail de réflexion, j'adhère pas à tout, mais une démarche cartésienne est toujours louable
Dernière modification par WilnocK (22-07-2010 02:01)