Juste à propos des jeux vidéo : heureusement qu'il y a un vieux cubain dans le tas pour redorer un peu le blason de l'ancienneté. Bon, c'est vrai, avant c'était moche. Mais je vais faire un parallèle avec le cinéma. En somme, c'est facilement comparable, si on parle pas trop du gameplay :
Les premiers, tout premiers films, c'est vrai, on les évoque peu. Il restent là en tant que mythes, mais les gens qui les regardent, je veux dire, qui les regardent vraiment, sont des fêlés/spécialistes. Je crois qu'il y a un seuil technique en-dessous duquel le bon goût ne peut pas descendre, quand même. C'est un peu la même chose avec les jeux vidéo.
Mais sinon, dès qu'on a commencé à amasser un peu mieux les tas de pixels, on a commencé à faire des choses intéressantes. En fait, le problème, c'est que la Super Nes est ici citée comme faisant partie des années 80, alors qu'elle est sortie en 92. Mais c'est bien elle qui est visée, c'est elle que je vais défendre. Parce que c'est vrai, avant l'apparition de cette génération de consoles, on peut dire que le jeu vidéo était vraiment peu accessible. Qu'on était en-dessous de ce fameux niveau technique minimum requis. Mais par la suite, dès que les graphismes et musiques ont pris du poil de la bête, on a commencé à faire de vraies belles choses : prenons Secret of Mana, tiens, au hasard ; ça reste beau, même en tas de pixels. Dire que les jeux d'aujourd'hui sont bien plus avancés, évolués, immersifs, c'est évident. Mais faudrait voir à pas y mélanger la qualité de ces mêmes jeux.
Regarder un film des années 30 en noir et blanc sans effets spéciaux, et regarder Avatar, ça ne doit pas amener à dire « Avatar, c'est mieux, quand même ». Avatar, c'est beau, réaliste, coloré, et plein de synthèse. C'est pas mieux que Le Quai des Brumes ou whatever. C'est techniquement plus évolué, évidemment. Mais apprécier un film des années 30, au même titre qu'un jeu sur Super Nes, c'est faisable, et pas seulement pour les fêlés/spécialistes.
Je suis pas rétrograde pour un poil, je défends juste un peu tous ces bons jeux anciens, au même titre qu'on défendrait un Chaplin (sauf que les Chaplin sont passés dans la sphère sacrée intouchable de la culture, donc personne n'oserait s'y attaquer).
C'est pour ça que si jeter toute la vieille 2D est ridicule, dire « avant c'était mieux » l'est tout autant. Le truc, c'est qu'effectivement le jeu vidéo aujourd'hui est un domaine vers lequel se dirigent de plus en plus d'artistes. Autrefois c'était le terrain du programmeur, et forcément, les jeux qui se démarquaient artistiquement étaient plus rares (mais quand même, pensez à ce Koji Kondo qui sort un thème 8 bits tout con, resté depuis comme l'emblème musical de Zelda). Plus rares, ça ne veut pas dire inexistants, c'est ce que j'essaie de dire.
Maintenant, ce qui est mieux aujourd'hui, c'est ce que la technique a à offrir aux graphistes, aux compositeurs, aux programmeurs, aux scénaristes, et à tous les gens qui bossent sur un jeu et qui ont les capacités d'en faire une vraie œuvre belle et puissante. C'est toute les possibilités qui s'ouvrent devant les concepteurs et qui n'existaient pas avant. Et c'est ça qui fait dire qu'aujourd'hui le jeu vidéo est devenu quelque chose de plus. Après, c'est aussi un danger : se laisser porter par la technique technique plutôt que d'avoir à se battre pour faire sortir quelque chose de beau avec trois pixels. M'enfin c'est un autre problème
Quand à l'avenir, on va vers l'âge d'or du jeu vidéo, c'est certain. Mais ce dont j'ai un peu peur, c'est que le jeu vidéo rejoigne trop vite la situation du cinéma : d'énormes équipes ayant besoin de gros budgets et ne sortant finalement que des gros monstres commerciaux dénués de toute pronfondeur, encore une fois parce que les budgets sont refusés à ceux qui proposent du nouveau (nouveau = aléatoirement rentable ; z'aiment pas ça les fournisseurs de thunes). Et on attendra vite le renouveau des tréfonds des garages. Pour l'instant, les jeux à gros budget qui sortent (disons les Mass Effect, les Uncharted et autres Alan Wake, par exemple) sont encore vachement beaux et bien réalisés, mais quand la majorité de la population aura intégré cette culture, j'ai bien peur qu'on commence à voir arriver du hollywoodien de base sur le terrain.
(PS en retard, aucun rapport : John, vraiment, pourquoi tant de haine envers Scott Pilgrim ? Pourtant, je suis d'accord avec toi d'habitude. Mais loin d'être gnangnan, ce film, à l'instar de Hot Fuzz, est totalement mécanique, fulgurant, efficace. L'histoire d'amour, c'est par principe. Ce qui plaît à ce type (Wright), c'est faire du mentalement vif, pas verser dans l'eau de rose. Peut-être la fin, et encore… Non justement, c'est super froid, et à prendre en tant que tel. Les personnages sont des carcasses vidées de toute émotion. C'est un peu étrange et ne pas aimer ce film est compréhensible, mais l'accuser de n'avoir pas de personnages assez profonds, c'est un contresens. Justement, c'est bien le principe du film d'être déshumanisé.
PPS toujours sans aucun rapport : Ces remarques sur Scott Pilgrim ont certainement déjà été dites, et avec ça à un endroit où elle n'étaient pas hors sujet. Scusez-moi si c'est le cas, je ne suis pas un grand lecteur du forum.)
Dernière modification par Flightless (13-03-2011 03:17)